Les chiffres avancés par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) parlent d’eux-mêmes : un fumeur sur cinq a recours à la cigarette électronique. Mais cette alternative est-elle vraiment moins risquée ou est-ce un mirage technologique ?
Plutôt que d’aspirer la fumée chargée de substances nocives des cigarettes classiques, les adeptes de la e-cigarette inhalent une vapeur produite à partir d’un liquide mêlant eau, nicotine et une ribambelle d’additifs destinés à donner goût et texture. La promesse : des taux de cancérogènes en nette baisse et, par effet boule de neige, un moindre nombre de bouffées. Autrement dit, moins de produits absorbés, moins de risques pour ceux qui vapotent… et pour ceux qui entourent.
Ce panorama séduisant ne doit pas masquer la réalité, avertit Jock Lawrason, pneumologue et chef de service au Nantucket Cottage Hospital. Dès l’instant où la nicotine vaporisée pénètre les poumons, elle rejoint la circulation sanguine, grimpe jusqu’au cerveau et active les récepteurs responsables du besoin constant de nicotine.
« Les cigarettes électroniques sont dépourvues de nombreux produits irritants et toxiques présents dans le tabac traditionnel, tels que le goudron et d’autres cancérigènes. Mais la nicotine reste bel et bien là, et elle n’est pas inoffensive. »
Le Dr Lawrason rappelle que la nicotine agit sur l’organisme de plusieurs façons : accélération du rythme cardiaque, augmentation de la pression artérielle, diminution de l’oxygène disponible pour les organes, facilitation de la formation de caillots sanguins, réduction de l’insuline… La liste est longue. Difficile d’ignorer ses effets, d’autant plus que la nicotine, à elle seule, peut être liée à certains cancers, même sans fumée.
Chez les adolescents, la nicotine fait des ravages silencieux sur le développement cérébral, en particulier au niveau du cortex préfrontal. Résultat : troubles de l’attention, impulsivité accrue. Ces conséquences inquiètent d’autant plus que l’usage de la cigarette électronique explose chez les jeunes Américains.
La nicotine présente dans les e-liquides pose aussi un problème à la maison. Les saveurs sucrées et les emballages colorés séduisent les enfants, qui peuvent être tentés de goûter. Les statistiques sont frappantes : les intoxications accidentelles à la nicotine suite à l’ingestion de e-liquide par des enfants ont bondi de 1 500 % en trois ans.
À cela s’ajoute la question des arômes. Les cigarettes électroniques parfumées contiennent souvent du diacétyl, substance associée à une maladie pulmonaire rare, la bronchiolite oblitérante, qui endommage durablement les plus petites branches des voies respiratoires.
Autre point de vigilance soulevé par le CDC : même si certains fabricants proposent des modèles à faible teneur en nicotine (voire sans nicotine), cela ne concerne qu’une partie des ingrédients présents dans ces dispositifs.
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Tom Frieden, directeur du CDC, ne mâche pas ses mots : « La consommation de cigarettes électroniques grimpe en flèche », observe-t-il. « Mais bien des zones d’ombre subsistent autour de ces produits. »
Impossible aujourd’hui de connaître précisément la composition de tous ces e-liquides : aucun cadre réglementaire n’oblige les fabricants à dévoiler la liste exhaustive des substances utilisées, même si la FDA tente d’étendre son champ d’action.
En dehors des ingrédients, la vapeur elle-même n’est pas sans effet sur l’organisme. Une équipe de l’Université d’Athènes a montré que le vapotage augmente la résistance des voies respiratoires, signe que les poumons peinent à fonctionner, chez les fumeurs comme chez les non-fumeurs en bonne santé. Et à des niveaux comparables à ceux induits par le tabac classique.
Les cigarettes électroniques : un espoir pour l’arrêt du tabac ?
Un terrain d’attente pour les chercheurs reste l’aide au sevrage tabagique. Dans une étude dirigée par Keith Alow, 75 % des fumeurs ayant testé la cigarette électronique ont cessé de fumer du tabac, et la moitié a même arrêté la e-cigarette, atteignant ainsi l’arrêt complet.
Mais ce résultat n’est constaté que si le passage à la cigarette électronique se fait en remplacement total du tabac, pas en combinant les deux, un mode de consommation appelé « double usage ». Tim McAfee, responsable à l’Office on Smoking and Health du CDC, dénonce ce modèle, car il pourrait au final aggraver la situation sanitaire globale.
« Si une part significative d’adultes conserve les deux pratiques, cigarette et e-cigarette,, le bilan pour la santé publique pourrait être désastreux », a-t-il souligné dans une note officielle.
En clair, la cigarette électronique peut représenter un tremplin pour sortir du tabac, mais elle ne justifie aucunement de s’y mettre si l’on n’a jamais fumé. Jouer avec le feu, même électronique, reste un pari risqué.



